Comment se déroule le nouvel an au vietnam ?

Le Nouvel An vietnamien, connu sous le nom de Tết Nguyên Đán, représente l’événement culturel le plus significatif de l’année au Vietnam. Cette célébration millénaire transcende les simples festivités pour incarner l’essence même de l’identité vietnamienne, mêlant spiritualité ancestrale, traditions culinaires et rituels familiaux dans une symphonie de couleurs, de saveurs et d’émotions. Contrairement au Nouvel An grégorien, le Tết suit le calendrier lunaire, créant une variabilité temporelle qui enrichit son caractère mystique et renforce son ancrage dans les cycles naturels.

Cette période exceptionnelle mobilise l’ensemble de la société vietnamienne dans un élan collectif de préparatifs, de retrouvailles et de renouveau spirituel. Des métropoles modernes comme Ho Chi Minh-Ville aux villages ruraux du delta du Mékong, chaque communauté développe ses propres nuances culturelles tout en préservant les fondements traditionnels de cette célébration ancestrale. L’ampleur de cet événement dépasse largement le cadre festif pour constituer un véritable phénomène socio-économique qui rythme la vie nationale vietnamienne.

Tết nguyên đán : traditions ancestrales et significations du nouvel an lunaire vietnamien

Calendrier lunaire vietnamien et détermination de la date du tết

Le calendrier lunaire vietnamien, hérité des traditions chinoises mais adapté aux spécificités locales, détermine avec précision la date du Tết Nguyên Đán. Ce système complexe combine les cycles lunaires et solaires pour créer un calendrier de 354 jours, nécessitant l’ajout périodique de mois intercalaires pour maintenir l’alignement avec les saisons agricoles. La date du Nouvel An peut ainsi varier entre la fin janvier et la mi-février selon le calendrier grégorien.

Cette variabilité temporelle possède une signification profonde dans la cosmologie vietnamienne. Elle reflète l’harmonie recherchée entre les cycles célestes et terrestres, principe fondamental de la philosophie orientale. Les astronomes traditionnels, appelés thầy bói, calculent ces dates en tenant compte de multiples facteurs astrologiques qui influenceront selon les croyances les caractéristiques de l’année à venir.

Symbolisme du yin et yang dans les rituels de passage à la nouvelle année

Le concept du Yin et Yang imprègne profondément les rituels du Tết, créant un équilibre symbolique entre les forces opposées mais complémentaires de l’univers. Cette dualité se manifeste dans de nombreux aspects des célébrations : l’alternance entre moments solennels et festivités joyeuses, l’équilibre entre respect des ancêtres et espoir pour l’avenir, ou encore la coexistence des traditions ancestrales et des innovations contemporaines.

La transition vers la nouvelle année représente le moment où les énergies Yin de l’année écoulée cèdent place aux énergies Yang de l’année naissante, créant une dynamique de renouvellement cosmique.

Cette philosophie influence directement l’organisation des festivités. Les premiers jours du Tết privilégient les activités Yang (visites familiales, échanges de vœux, célébrations collectives), tandis que les derniers jours avant le Nouvel An sont consacrés aux activités Yin (méditation, préparatifs silencieux, purification spirituelle).

Culte des ancêtres et préparation

du foyer occupe une place centrale dans cette dimension spirituelle. À l’approche du Nouvel An vietnamien, chaque famille réaménage méticuleusement son autel, véritable cœur symbolique de la maison, où se rencontrent le monde des vivants et celui des ancêtres.

Sur cet autel familial, on dispose des offrandes soigneusement choisies : fruits frais, thé, alcool de riz, gâteaux de riz, fleurs et parfois cigarettes ou bétel selon les habitudes locales. Des bâtonnets d’encens sont allumés pour inviter respectueusement les ancêtres à « revenir » célébrer le Tết parmi leurs descendants. Cette pratique, loin d’être folklorique, reflète un pilier de la culture vietnamienne : la gratitude filiale et le sentiment que la nouvelle année ne peut commencer harmonieusement sans le consentement bienveillant de la lignée.

Les jours précédant le Nouvel An, de nombreuses familles se rendent également au cimetière pour nettoyer les tombes, changer les fleurs et allumer de l’encens. Ce déplacement symbolise un double mouvement : l’invitation des ancêtres à partager les réjouissances et l’engagement des vivants à entretenir le lien avec leurs origines. Pour vous, voyageur, assister à ces gestes discrets mais chargés de sens permet de comprendre combien le Tết est d’abord une fête intime, tournée vers la mémoire familiale.

Légende de thánh gióng et mythologie associée aux festivités

Au-delà des rituels domestiques, le Nouvel An vietnamien est irrigué par un vaste imaginaire mythologique. Parmi les figures légendaires les plus emblématiques figure Thánh Gióng, l’un des « Quatre Immortels » du panthéon vietnamien. Selon la légende, Gióng naquit muet et immobile, avant de se métamorphoser à l’âge de trois ans en un géant invincible pour repousser des envahisseurs étrangers. Après sa victoire, il s’envola vers le ciel sur son cheval de fer, devenant un symbole d’héroïsme et de loyauté envers la patrie.

Cette légende résonne particulièrement pendant le Tết, période de renouveau et de vœux pour un pays fort et prospère. Dans certaines régions du Nord, comme à Sóc Sơn près de Hanoï, des fêtes populaires et processions commémorent Thánh Gióng au début de l’année lunaire. Les villageois rejouent les combats, brandissant des bambous symbolisant les armes héroïques, tandis que des offrandes sont présentées dans les temples à son effigie.

La présence de ces récits mythologiques pendant le Nouvel An vietnamien n’est pas anecdotique : elle rappelle que le Tết n’est pas seulement un changement de calendrier, mais un moment où l’on réactive les grands récits fondateurs de la nation. Comme un livre que l’on ouvre chaque année à la même page, ces histoires transmettent discrètement aux nouvelles générations des valeurs de courage, de solidarité et de fidélité à la terre natale.

Préparatifs rituels et coutumes culinaires spécifiques au tết vietnamien

Confection du bánh chưng et bánh tét : techniques ancestrales de préparation

Impossible d’évoquer le Nouvel An vietnamien sans parler du Bánh Chưng et du Bánh Tét, véritables emblèmes culinaires du Tết. Ces gâteaux de riz gluant, respectivement carrés au Nord et cylindriques au Sud, remontent selon la tradition à l’époque des rois Hùng, fondateurs de la nation. Leur préparation suit des techniques ancestrales et mobilise souvent plusieurs générations autour du foyer, dans une ambiance à la fois laborieuse et festive.

Le Bánh Chưng, typique du Nord, se compose de riz gluant, de haricots mungo décortiqués et de poitrine de porc marinée, le tout enveloppé dans des feuilles de dong (ou de bananier lorsque ces dernières manquent) pour former un bloc parfaitement carré symbolisant la terre. Le Bánh Tét, quant à lui, reprend les mêmes ingrédients mais sous forme de rouleau long soigneusement ficelé, associé à l’abondance et à la continuité du temps. Dans les deux cas, la cuisson se fait à l’eau bouillante pendant 8 à 12 heures, parfois toute la nuit, dans de grandes marmites fumantes.

Au-delà de la recette, c’est le processus qui fascine : chaque membre de la famille a un rôle, de la préparation des feuilles à la disposition des couches de riz et de farce, en passant par le serrage régulier des ficelles pour éviter que le gâteau n’éclate à la cuisson. Pour vous, en tant que visiteur curieux, participer à la confection d’un Bánh Chưng dans un village ou chez l’habitant constitue l’une des expériences les plus authentiques du Nouvel An vietnamien, à mi-chemin entre atelier culinaire et rituel initiatique.

Décoration florale traditionnelle : mai vàng, đào et kumquat symboliques

Les fleurs tiennent un rôle central dans l’esthétique du Tết, transformant rues, marchés et maisons en véritables jardins éphémères. Au Nord, ce sont surtout les branches de pêcher en fleurs, appelées hoa đào, qui dominent les décors. Leur rose délicat est associé à la chance, à l’amour et à la jeunesse. Dans les campagnes autour de Hanoï, comme à Nhât Tân, les champs de pêchers attirent des milliers de visiteurs à l’approche du Nouvel An vietnamien, venus choisir la branche parfaite pour orner leur salon.

Au Sud, la vedette incontestée est le mai vàng, abricotier à fleurs jaunes éclatantes. Sa couleur évoque la prospérité, l’or et la lumière du printemps tropical. Un arbre de mai vàng bien fleuri au moment du passage à la nouvelle année est considéré comme un signe de bon augure pour les affaires et la vie familiale. À côté de ces symboles majeurs, les kumquats en pot – cây quất – abondent dans tout le pays. Leurs fruits ronds, brillants, rappellent à la fois de petites lanternes et des pièces de monnaie, d’où leur association à la fortune et à la fécondité.

Pour les Vietnamiens, choisir ces plantes n’est pas un simple geste décoratif. C’est un peu comme régler l’atmosphère de la maison pour l’année entière, en invitant couleurs, parfums et symboles favorables. Si vous séjournez dans une grande ville vietnamienne en janvier ou février, flâner dans un marché aux fleurs de Tết offre une immersion sensorielle unique : une marée de couleurs, de parfums, de rires et de marchandages bon enfant.

Nettoyage purificateur et feng shui domestique pré-tết

Dans les semaines qui précèdent le Nouvel An vietnamien, chaque foyer se lance dans ce que l’on pourrait comparer à un « grand ménage de printemps », mais avec une dimension spirituelle bien plus affirmée. Le nettoyage de la maison, appelé souvent dọn dẹp nhà cửa, symbolise l’élimination des énergies négatives accumulées au cours de l’année écoulée. On repeint parfois les murs, on répare les objets cassés, on trie les affaires inutiles, comme pour signifier à l’univers : « nous sommes prêts pour un nouveau départ ».

Ce processus s’inspire en partie des principes du feng shui (ou phong thủy en vietnamien), art d’harmoniser l’espace pour favoriser la circulation du qi, l’énergie vitale. Les familles repositionnent certains meubles, veillent à dégager l’entrée de la maison, décorent les portes avec des sentences parallèles rouges (câu đối) portant des vœux de bonheur, de longévité ou de réussite. Il s’agit, en quelque sorte, de « recalibrer » l’équilibre énergétique de la demeure avant le basculement de l’année.

Un détail fascinant pour les visiteurs : si l’on balaie beaucoup avant le Tết, il est en revanche déconseillé de balayer la maison le premier jour de l’année lunaire, sous peine de « chasser la chance » au dehors. Vous verrez ainsi parfois des balais soigneusement rangés dès la veille, comme pour rappeler que chaque geste a une portée symbolique pendant ces journées exceptionnelles.

Préparation des offrandes cérémonielles pour les divinités tutélaires

En parallèle des préparatifs culinaires et domestiques, les familles vietnamiennes se consacrent aux offrandes destinées aux divinités tutélaires, en particulier aux Génies du FoyerÔng Công, Ông Táo. Selon la croyance, ces esprits domestiques montent au ciel le 23e jour du 12e mois lunaire pour rendre compte à l’Empereur de Jade de la conduite de la famille durant l’année écoulée. Ce jour-là, on dresse un plateau d’offrandes comprenant encens, fruits, confiseries et, dans de nombreux foyers, des carpes vivantes ou en papier, symbolisant la monture sur laquelle les génies voyageront vers le ciel.

Les jours suivants, d’autres offrandes sont préparées pour la nuit du passage – Giao thừa. On distingue souvent deux autels : l’un à l’intérieur de la maison, dédié aux ancêtres, l’autre à l’extérieur, tourné vers les divinités protectrices du territoire. On y dispose des plateaux de fruits, des fleurs, des plats de viande, des gâteaux de riz et des papiers votifs qui seront brûlés après la cérémonie. À travers ces gestes, la famille manifeste son désir d’entrer dans la nouvelle année vietnamienne sous le signe de la protection spirituelle.

Si vous êtes invité à partager cette nuit de transition, prenez le temps d’observer le soin apporté à la disposition des offrandes : rien n’est laissé au hasard. Les couleurs, les nombres, la symétrie des plateaux participent tous à créer une « conversation silencieuse » avec le monde invisible. C’est cette trame de sens, discrète mais omniprésente, qui fait du Tết bien plus qu’une simple fête de fin d’année.

Célébrations régionales distinctives du nord au sud vietnam

Festivités de hanoi et traditions du delta du fleuve rouge

Dans le Nord du Vietnam, et en particulier à Hanoï et dans le delta du fleuve Rouge, le Nouvel An vietnamien conserve une atmosphère à la fois solennelle et chaleureuse. Les premiers jours de l’année lunaire sont consacrés avant tout à la famille et au culte des ancêtres. Les rues du Vieux Quartier sont décorées de lanternes rouges, de pêchers en fleurs et de kumquats, tandis que les temples et pagodes, comme le Temple de la Littérature ou la pagode Trấn Quốc, accueillent un flux continu de fidèles venus brûler de l’encens et formuler des vœux.

Une pratique particulièrement marquante à Hanoï est celle de la calligraphie de printemps, ou xin chữ. Autour du Temple de la Littérature, des maîtres calligraphes tracent sur papier rouge des caractères de bon augure – « Phúc » (bonheur), « Lộc » (prospérité), « Thọ » (longévité) – que les familles accrochent ensuite chez elles pour toute l’année. Cette tradition, qui renoue avec l’héritage confucéen de la capitale, symbolise le respect du savoir et le souhait de réussite scolaire pour les enfants.

Dans les villages du delta du fleuve Rouge, le Nouvel An vietnamien s’accompagne de nombreux festivals villageois, souvent organisés entre le 6e et le 15e jour de l’année lunaire. Jeux traditionnels, combats de lutte, processions de palanquins décorés et danses du lion rythment ces journées où la communauté tout entière se rassemble. Pour un voyageur, assister à l’un de ces festivals, parfois peu connus en dehors de la région, permet de saisir la dimension profondément communautaire et rurale du Tết.

Spécificités culturelles de Hô-Chi-Minh-Ville et région du mékong

À Hô-Chi-Minh-Ville et dans le Sud, le Nouvel An vietnamien prend des accents plus expansifs, portés par le climat tropical et le tempérament réputé chaleureux des habitants. Le centre-ville se métamorphose, notamment la rue piétonne Nguyễn Huệ, en une gigantesque « rue des fleurs » où se déploient des installations florales spectaculaires, des statues de l’animal zodiacal de l’année et des décors lumineux attirant des milliers de visiteurs chaque soir.

Dans les quartiers chinois de Chợ Lớn, les pagodes bondées résonnent de prières, tandis que les processions des danses du lion et du dragon se succèdent devant les boutiques. Les commerçants espèrent ainsi « ouvrir » la nouvelle année sous de bons auspices, en attirant chance et prospérité sur leurs activités. Pour vous, flâner à Hô-Chi-Minh-Ville pendant le Tết, c’est un peu comme se trouver au croisement d’un carnaval urbain et d’une grande fête de famille, où chaque rue raconte une histoire différente.

Dans le delta du Mékong, les festivités prennent une coloration plus aquatique. Les marchés flottants, comme Cái Răng ou Phong Điền, se parent de fleurs, de fruits et de drapeaux colorés. De nombreuses familles décorent leur bateau comme on décore une maison, avec kumquats, banderoles et autels miniatures. C’est aussi la période où l’on déguste de nombreuses spécialités sucrées à base de noix de coco, de riz gluant et de fruits tropicaux, reflet de l’abondance agricole de la région.

Coutumes particulières de huế et héritage impérial nguyên

Ancienne capitale impériale, Huế offre un visage singulier du Nouvel An vietnamien, où se mêlent sobriété confucéenne et raffinement esthétique. Dans les quartiers anciens, les maisons traditionnelles veillent particulièrement à la disposition de l’autel des ancêtres, souvent orné de laques dorées, de paravents et de portraits familiaux. Les offrandes y sont préparées avec une précision presque cérémonielle, héritée des rituels de la dynastie Nguyên.

Les sites historiques de la cité impériale, comme la Cité pourpre interdite ou les tombeaux royaux, accueillent parfois des représentations mettant en scène les anciennes cérémonies de cour : musique de la cour Nhã nhạc (inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO), danses traditionnelles, costumes de mandarins et d’eunuques. Ces manifestations, organisées autour du Nouvel An lunaire, permettent de revivre symboliquement l’atmosphère des grands Tết royaux d’antan.

Huế se distingue également par sa cuisine de Tết, réputée l’une des plus sophistiquées du pays. Aux gâteaux de riz gluant s’ajoutent une multitude de petits plats délicats, souvent préparés selon des recettes transmises au sein des anciennes familles mandarinales. Pour un voyageur en quête d’un Nouvel An vietnamien plus contemplatif et patrimonial, Huế constitue une étape privilégiée.

Variations ethniques : tết des hmong, tày et autres minorités

Au-delà de la majorité Kinh, les 53 autres ethnies du Vietnam célèbrent elles aussi le Nouvel An, parfois à des dates ou de manières différentes. Chez les Hmong des montagnes du Nord, par exemple, le Tết est souvent célébré plus tôt que chez les Vietnamiens Kinh, selon un calendrier propre. Les festivités incluent des jeux de balle, des concours de flûte à feuille, des marchés colorés où les jeunes viennent se rencontrer, vêtus de leurs plus beaux costumes brodés.

Les Tày, Nùng ou Dao du Nord-Est marquent également le passage à la nouvelle année par des rites particuliers, mêlant culte des ancêtres, offrandes aux esprits des montagnes et chants rituels. Dans certains villages, des cérémonies chamaniques sont encore pratiquées pour « ouvrir » symboliquement l’année, chasser les mauvais esprits et protéger les récoltes futures. Ces variantes montrent à quel point le Nouvel An vietnamien est pluriel, adapté aux cosmologies propres à chaque groupe ethnique.

Pour vous, voyageur, assister au Tết dans une communauté minoritaire – à Sapa, Ha Giang ou Cao Bang, par exemple – offre un contraste saisissant avec l’effervescence urbaine des grandes villes. On y découvre des formes de célébrations où le lien avec la nature, les cycles agraires et les esprits du territoire reste extrêmement vivant, comme un écho des temps anciens.

Protocoles sociaux et étiquette comportementale pendant les festivités

Au-delà des rituels visibles, le Nouvel An vietnamien est guidé par une série de règles implicites qui structurent les interactions sociales. Comprendre ces codes vous permettra non seulement d’éviter les maladresses, mais aussi de mieux apprécier la profondeur culturelle de cette période. L’une des coutumes les plus connues est celle du « premier visiteur » – xông đất –, c’est-à-dire la première personne qui franchit le seuil de la maison au matin du premier jour de l’année. Selon la croyance populaire, cette personne influencera la chance de la famille pour les douze mois à venir.

C’est pourquoi beaucoup de familles choisissent avec soin un parent ou un ami au caractère jugé favorable (signe zodiacal compatible, tempérament joyeux, situation professionnelle stable) pour jouer ce rôle. Si vous êtes invité au Vietnam pendant le Tết, on vous demandera parfois d’attendre qu’un membre de la famille entre le premier, par simple précaution symbolique. Ce n’est pas un manque de courtoisie, mais une marque de respect envers ces croyances ancestrales.

Les formules de vœux tiennent également une grande importance. La plus courante, « Chúc mừng năm mới », signifie littéralement « félicitations pour la nouvelle année ». On la combine souvent avec d’autres souhaits : « An khang thịnh vượng » (santé et prospérité), « Vạn sự như ý » (que tout se déroule selon vos souhaits). Les enfants et les plus jeunes adressent ces vœux aux aînés en joignant les mains ou en faisant une légère révérence, avant de recevoir en retour des enveloppes rouges porte-bonheur, les célèbres lì xì.

Certains comportements sont, en revanche, à éviter durant les premiers jours du Nouvel An vietnamien. On déconseille les disputes, les paroles grossières ou les allusions aux malheurs, de peur d’« attirer » ces énergies sur l’année entière. Il est également mal vu de rendre visite à une famille en deuil récent, le Tết étant traditionnellement une fête de joie et de renouveau. Enfin, offrir certains cadeaux comme des montres (associées au temps qui passe) ou des objets coupants (ciseaux, couteaux) peut être interprété comme un présage de séparation.

Pour vous adapter facilement, gardez à l’esprit une règle simple : privilégiez les paroles positives, les gestes respectueux et les petits cadeaux de bon augure (fruits, thé, confiseries, enveloppe rouge). En retour, vous constaterez combien les Vietnamiens sont heureux de partager avec vous cette période sacrée, souvent en expliquant spontanément le sens de chaque geste.

Évolution contemporaine du tết face à la modernisation urbaine

Comme toutes les grandes fêtes traditionnelles, le Nouvel An vietnamien évolue sous l’effet de la modernisation, de l’urbanisation et de la mondialisation. Dans les grandes métropoles, certains rituels se simplifient : de plus en plus de familles achètent leurs Bánh Chưng et Bánh Tét tout prêts, les vêtements de Tết sont commandés en ligne, et les vœux circulent via messageries instantanées autant que lors de visites en personne. Les feux d’artifice officiels remplacent progressivement les pétards artisanaux, désormais strictement encadrés pour des raisons de sécurité.

Pour autant, le cœur symbolique du Nouvel An vietnamien reste remarquablement résilient. Les enquêtes sociologiques récentes montrent que, même parmi les jeunes urbains, le Tết est perçu comme une période indispensable de retour au foyer, de pause dans le rythme effréné de la vie moderne et de reconnection avec les parents. Beaucoup de Vietnamiens vivant à l’étranger programment leurs voyages pour rentrer précisément à cette occasion, quitte à supporter des billets d’avion à prix élevé.

On observe également l’émergence de nouvelles formes de célébration hybride : soirées du réveillon dans les cafés, concerts en plein air sponsorisés par de grandes marques, campagnes publicitaires mêlant symboles traditionnels et références pop. Pour vous, cela signifie que le Nouvel An vietnamien offre aujourd’hui deux visages complémentaires : celui, immuable, des autels fumants et des repas familiaux, et celui, plus récent, des événements urbains spectaculaires accessibles aux visiteurs internationaux.

Enfin, la modernisation technologique modifie aussi la manière de préparer la fête. Des applications mobiles aident à choisir les jours favorables pour les déplacements ou les cérémonies, les commandes de fleurs de Tết se font en quelques clics, et les « enveloppes rouges » virtuelles gagnent du terrain dans certains milieux urbains. Pourtant, malgré ces mutations, la plupart des familles tiennent à conserver au moins quelques gestes « à l’ancienne », comme allumer l’encens à minuit ou partager un premier repas de l’année tous réunis.

Impact économique et touristique du nouvel an vietnamien sur l’industrie nationale

Le Nouvel An vietnamien n’est pas seulement un événement culturel et spirituel : il constitue aussi un moteur économique majeur pour le pays. Selon les estimations de différentes études locales, les dépenses des ménages pendant la période du Tết peuvent représenter plusieurs fois celles d’un mois ordinaire, entre cadeaux, décorations, vêtements neufs, voyages et repas festifs. Les secteurs de la distribution, de l’agroalimentaire, des boissons et des produits électroniques réalisent souvent une part significative de leur chiffre d’affaires annuel à cette occasion.

Pour les entreprises, le Tết structure l’année commerciale un peu comme la période de Noël en Europe : campagnes promotionnelles ciblées, sorties de produits en série limitée, emballages spéciaux aux motifs de l’animal zodiacal de l’année. Les marques investissent massivement dans des publicités jouant sur les émotions familiales et la nostalgie du « retour au pays », cherchant à capter l’attention d’une population massivement connectée. Vous verrez ainsi, dès décembre, les rayons des supermarchés se remplir de boîtes de biscuits, de paniers-cadeaux et de boissons aux emballages rouge et or.

Le tourisme connaît, lui aussi, un impact ambivalent. D’un côté, les déplacements intérieurs explosent : des millions de Vietnamiens quittent les grandes villes pour retourner dans leur province d’origine, saturant trains, bus et vols domestiques. Les prix des transports augmentent, les hébergements dans certaines régions sont complets plusieurs semaines à l’avance. De l’autre, le Tết représente une opportunité unique pour les voyageurs étrangers en quête d’authenticité, prêts à adapter leur itinéraire et à accepter certaines contraintes logistiques pour vivre de l’intérieur le Nouvel An vietnamien.

Pour le secteur hôtelier et les agences de voyage, cette période demande une organisation particulière : ajustement des plannings de personnel, négociation avec les prestataires locaux, anticipation des fermetures temporaires de restaurants, musées ou attractions. De plus en plus de structures touristiques proposent aujourd’hui des expériences spécifiques de Tết – ateliers de confection de Bánh Chưng, participation à une cérémonie familiale, visite de marchés aux fleurs à l’aube –, afin de transformer les contraintes en atouts pour les visiteurs.

À long terme, le Nouvel An vietnamien contribue également à façonner l’image du pays à l’international. Les reportages sur les marchés fleuris, les danses du lion, les décorations de rues et les repas en famille participent à diffuser l’idée d’un Vietnam à la fois dynamique et fortement attaché à ses traditions. Pour vous, intégrer le Tết dans votre projet de voyage, c’est donc non seulement découvrir la fête la plus importante du calendrier vietnamien, mais aussi observer comment une société en pleine mutation continue de s’agréger chaque année autour d’un même moment de partage et de renouveau.

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